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L’histoire
des marionnettes traverse le temps et les cultures. Leur
naissance est datée du XIe siècle avant Jésus-Christ,
en Inde, puis dans tout le sud-est asiatique.
Marionnettes à
tiges, silhouettes animées et personnages d’ombres
coexistent : leur rôle était d’improviser
sur le thème des grandes épopées mythologiques
indiennes :
le Bala-Ramayana et le Maha-Bharata.
Bien que ces représentations
soient sacrées, l’esprit de la comédie
était aussi présent. Le caractère populaire
du spectacle de marionnettes contribua à introduire
des éléments profanes donnant naissance à
la verve bouffonne de personnages comme Vidouchaka,
l’Hindou, sorte d’ancêtre des guignols.
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La
force symbolique de la marionnette
La marionnette a cette force de jouer sur plusieurs
réalités : celle qu’elle figure directement
et la croyance que le spectateur peut avoir de ce qu’elle
représente une fois incarnée. Qu’il
s’agisse de la réalité des forces qu’elle
devait obliger à se manifester dans les spectacles
de magie animiste, ou de celle de l’univers imaginaire
dans le jeu théâtral traditionnel, les marionnettes
ont été un medium privilégié.
Elles ont aussi la particularité de n’être
qu’un objet. Cette double nature rend sensible le
mystère et reflète toutes les imaginations,
mais, son office terminé, elle demeure une forme
parfaitement désincarnée. |
| En Indonédie, les spectacles de marionnettes
ont développé un style qui leur est propre :
celui des Walang. Les marionnettes sont montées
sur une tige en corne ou en bois avec des bras articulés
au coude et à l'épaule, mus par des baguettes
fixées aux poignets. Le dalang, une
sorte de prêtre qui est l'officiant de la cérémonie,
commence le spectacle par une offrande. Ensuite, accompagné
d'un orchestre de percussions, il récite et chante
son histoire en agitant ses walangs dans
le but d'obliger les morts à répondre à
son appel. |
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En Chine, mille ans avant Jésus-Christ,
l’essence religieuse de l’art de la marionnette
fut progressivement remplacé par un répertoire
qui se partageait entre le mélodrame chevaleresque
et la farce populaire.
Mis à part le personnage de Kvo,
qui était une sorte de Vidouchaka
plein d'esprit et de verve, ils n'eurent pas de personnage
type. Ils n'eurent pas non plus de répertoire axé
sur un personnage comme en Europe. Ces traits témoignent
de l'originalité de leur art. Il se caractérise
aussi, par la dextérité stupéfiante
des marionnettistes.
La marionnette en Chine a connu une croissance unique,
incomparable, tant par le nombre de genres que par la variété
des méthodes. Les marionnettes y sont toujours très
populaires : on dénombrait, il y a quelques années,
plus de mille troupes de marionnettistes !
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De Chine, la marionnette est passée
au Japon : c’est à Osaka que s’est développé,
à partir du XVIe siècle après J.-C.,
le Bunraku.
La narration est chantée et les épisodes
reprennent les plus fameuses luttes féodales.
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Au lever du rideau, un récitant annonce
la pièce, puis un chanteur commence le récit.
Les marionnettes entrent en scène. Grandes de 1,30
mètre, revêtues de costumes somptueux en soie,
elles ne sont pas animées par un système de
fils, mais chacune par trois opérateurs habillés
de noir. La poupée n’a pas de corps, mais une
armure de bambou qui supporte les vêtements. Les marionnettistes
l’animent avec un synchronisme parfait : ses gestes
sont souples, elle ouvre et ferme les yeux, la bouche. Le
répertoire du Bunraku est dramatique. Les pièces
sont très longues et peuvent durer jusqu’à
douze heures ! Aussi le spectacle se compose-t-il
généralement d’actes de différentes
pièces. Par sa valeur littéraire, le Bunraku
constitue le vrai théâtre classique du Japon. |
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Avec l’islam, l’impossibilité
de figurer en chair et en os l’être humain a
favorisé le «jeu des ombres». Vers le
XVIe siècle, une comédie de mœurs, où
la satire de l’actualité avait sa place, s’est
organisée autour du type de Karagöz.
Chauve, portant un haut bonnet, le ventre gros, bossu, fourbe,
soumis à ses instincts de goinfrerie et de luxure,
il est frondeur et raille les autorités. Né
en Turquie, il a conquis le bassin méditerranéen,
de la Grèce, qui l’a appelé Karaghiozis,
à la Tunisie et à l’Algérie,
où il s’est nommé Karagouz
et Karakouche.
Les représentations du Karagöz
observaient un déroulement précis, car la
structure d’un spectacle comme d’un texte, sans
être rigide, est formée de quatre parties distinctes
: prologue, dialogue, fable, épilogue. Le but du
karagöz était avant tout de
faire rire, mais il présentait aussi une grande valeur
de satire socio-politique. Cet aspect ainsi que sa prédilection
pour l’obscène et le scatologique eurent tendance
à s’estomper à la fin du XIXe siècle
avec la censure instaurée par le sultan Abdülhamit
; en outre, l’influence du théâtre européen,
la pénurie d’artistes capables de prendre la
relève contribuèrent à le faire disparaître.
Aujourd’hui, le théâtre d’ombres
appartient au passé, ses figures sont dans les musées,
ses textes dans les bibliothèques. Quelques initiatives
solitaires ne suffisent pas pour le réanimer en tant
que spectacle. |
Très tôt en Grèce, les
marionnettes ont perdu tout caractère sacré.
Plutarque témoigne qu'elles étaient abondamment
répandues pour l'amusement des enfants et les adultes.
Xénophon dit que les gens raffinés s'en distrayaient
au cours de banquets. Quant à Diodore de Sicile,
il reproche à de grands personnages l'amour excessif
qu'ils leurs portent.
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Plus tard, à Rome les marrionnettes resteront
un divertissement populaire. Un personnage très populaire
s'appelait Maccus. Nous le retrouverons plus
tard sous le nom de Polichinelle. |
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En France, le spectacle de marionnettes a
été introduit par des jongleurs venus de Rome.
Conçu comme divertissement, il a aussi été
le premier autorisé, dans la société
chrétienne, à prêter des traits humains
au Christ, représenté jusque-là symboliquement
par l’agneau. Ce n'est qu'après le XIIIe siècle
que les marionnettes entrent à l'Église pour
donner devant l'autel des spectacles paraliturgiques, comme
par exemple des épisodes de l'Évangile. Ces
spectacles furent très populaires.
Jusqu'à la Renaissance, la vie des marionnettes
est sensiblement la même partout en Occident mais,
à partir du XVIe siècle jusqu'au XVIIIe siècle,
les spectacles de marionnettes se rapprochent du théâtre
d'acteur.
Créé par Laurent Mourguet au début
du XIXe siècle, le personnage de Guignol nous est
familier. Guignol est un petit artisan canut de condition
très modeste, souvent accompagné de son épouse
revêche Madelon et de Gnafron, ivrogne invétéré.
Ils ont de fréquents démélés
avec les gendarmes. Populaire et moqueur, Guignol est l'image
du lyonnais pudique et laborieux, mystique et travailleur.
Pour aller plus loin, le musée
Gadagne à Lyon. |
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d'ombres |
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